La vigne à Saint-Prix

 

Saint-Prix et la vigne, une longue histoire d’amour

Aussi loin que nous puissions remonter dans l’histoire de Saint-Prix, la vigne est présente.


« ...Mais là n’est pas l’essentiel de leurs richesses. Leur situation au coeur du massif Montmorencéen les prédisposait à une activité forestière ; sans doute se mirent-ils à essarter les alentours du prieuré. Mais gênés dans l’usage et l’exploitation de leur bois, les religieux privilégièrent la culture traditionnelle de la région : la vigne. Ils en possédaient quelques arpents à Montmorency, Soisy, Andilly, Groslay, Ermont et Saint-Prix. Les chanoines de Saint-Victor étendirent la culture de la vigne sur leurs terres, sans doute pour des raisons d’approvisionnement : l’abbaye parisienne comptait sur ses domaines ruraux pour se procurer vin de messe et de table éventuellement, mais les nécessités économiques durent intervenir : bien que longue à soigner, la vigne offre l’assurance de récoltes rentables en raison des débouchés offerts par la proximité de Paris, de la Seine et par la réputation du « vignoble français ».


Il est difficile de dire si les religieux cultivaient eux-mêmes leurs terres ; l’exploitation de leur domaine paraît de type mixte : des censives sur lesquelles ils installèrent des tenanciers, une grange sise à Ermont qui constituait leur réserve, et des censives pour lesquelles eux-mêmes sont censitaires. » (1)

Dès 1392 nous retrouvons trace de vignes sur la commune :
« Un compte de la commanderie de Cernay nous renseigne sur différentes dépenses effectuées dans l’exploitation du domaine de Rubelles.
Celles-ci concernent la façon de quelques arpents de vigne, le fourniture de cinq cents gravelles d’estrallas rendus en vigne, de ployon à lier les vignes et la garde des mêmes vignes » (2)

Nous retrouvons des traces de la vigne en 1520 :
« … Nicolas Paltrouillard, marchand de Paris, fit bâtir à la fin du XVème siècle une ferme d’une certaine importance. En 1515, après sa mort et celle de sa femme, son fils Henri, mercier à Paris, hérita d’une partie de la propriété et acheta l’autre à son frère Pierre.
Il la garda peu de temps ; le 19 mars 1520, les Célestins la lui achètent avec les biens qui en dépendaient. Il y avait un groupe de bâtiments comprenant cave, pressoir avec caves, cuvages et ustensiles dudit pressoir, foulerie, étables, colombiers et masures, cour, jardin et puits.
Sept quartiers de vigne y attenaient pas derrière descendant jusqu’à la ruelle… Environ quatre arpents de terres et de vignes complétaient ce petit domaine... » (3)

Puis plus tard :
« Depuis la fin des grands défrichements, le finage est divisé en deux zones bien distinctes. L’une déboisée, l’autre non. En bas, la plaine labourée produit diverses céréales.
En zone intermédiaire, le coteau ensoleillé reçoit le vignoble organisé en clos fermés de haies vives, ou parfois de murs... » (4)

Le sol et son territoire :
« … Plus haut, la vigne et les clos plantés d’arbres fruitiers trouvent un terrain favorable sur les coteaux.
Si la vigne ne couvre que 153 arpents, n’oublions pas que c’est une culture à bon rendement qui peut faire vivre une forte population sur une surface de terre relativement restreinte.
Par là, elle favorise le petite exploitation familiale traditionnelle.
C’est également la culture le mieux adaptée au versant ensoleillé des coteaux.
Elle n’est pas particulière à Saint-Prix. En effet, dans la subdélégation d’Enghien, le vigne s’étend sur 11 390 arpents... » (5)


« … La vigne couvrait bels trois quart de la surface cultivable de la commune et les soins qu’elle réclame occupaient largement le temps de vignerons.
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La terre entre les rangs était labourée à l’araire de bois, la charrue à grand soc de métal étant réservée pour les champs. Les pieds de vigne, Gamay ou Chardonnay étaient aérés à l’hoyau, sorte de courte houe à deux dents, et il y avait encore la taille, le poudrage au soufre et l’arrosage de bouillie bordelaise...

Au printemps, on veillait aux dernières gelées ; de grands tas de paille et de fagots étaient régulièrement répartis dans les hauts des vignes, que l’on allumait et que l’on arrosait de bitume dès que le gel menaçait.
La fumée pesante qui s’en dégageait planait longtemps au dessus du village et des vignes qu’elle protégeait du gel.

Quand le raisin était mûr, les clos étaient gardés jour et nuit par des messiers portant hallebarde. Ils avaient pour mission d’empêcher les chapardages et la cueillette du raisin avant le ban.
Le ban des vendanges était une très ancienne institution, comme peut en témoigner entre autres l’article 20 du règlement de police du duché de Montmorency en 1773 « Enjoignons à toute personne qui possède dans cette ville ou les villages de ce duché des héritages en vigne, de garder les portes de cette ville ou les villages en tant que le raisin est en maturité et sur l’avertissement qu’il leur sera donné par le syndic de la paroisse comme aussi de tenir fermées les portes de derrière de leur jardin et clos à peine de 20 livres d’amende contre chaque contrevenant. Enjoignons aussi le syndic et messiers de ces paroisses de tenir exactement la main à l’exécution du présent article »

Ce règlement obligeait tout le monde à vendanger en même temps.
Nul n’avait ainsi le temps de voler le voisin et le contrôle des redevances dues au seigneur étaient facilitées.

Le matin du ban, les vendangeuses engagées d’avance et qui venaient parfois de fort loin, se glissaient entre les vignes, le panier à la main. Elles le vidaient dans la hotte ou le petit bachot que les charroyeurs qui suivaient à distance portaient sur le dos et qu’ils allaient vider dans de grandes cuves évasées posées sur un chariot qui attendait au bout du chemin.
Souvent, quand la pente était trop raide, le raisin était transporté à dos d’âne, chargé d’un bachot de chaque côté.
Conduit au cellier, le raisin était versé dans la cuve et le chariot repartait chercher une autre cuvée.

Dès que le raisin était dans la cuve, des gardiens se relayaient de faction jour et nuit de peur que quelque malveillant n’y jetât quelques produits destinés à faire perdre le vin et afin d’éloigner les femmes dans la cantine de crainte qu’elles ne fussent dans une période susceptible de faire tourner la cuvée.
Dès le lendemain, et pendant plusieurs jours, le raisin était foulé aux pieds dans les cuves. Quand il avait assez « bouilli » , on le transvasait dans des tonneaux où il était transporté au pressoir.

Saint-Prix possédait un pressoir banal, voisin de la place de la Croix, au lieu dit « Le Clos du pressoir ». Le jus était ensuite versé dans des tonneaux de capacité variable, muids, demi-muids, foudres, feuillettes, demi-pièce où il continuerai à travailler et à vieillir.
Le vigneron vendait son vin en feuillette ou en demi-pièce. Le cabaretier le servait en fillette, petite bouteille contenant environ deux verres, ou en verre énorme d’une capacité d’environ un demi-litre appelé setier et demi-setier (7)


Certaines vignes étaient très renommées : le « Clos Rouillard » (Clos de la barrique à l’emplacement de la Solitude), le « Clos Saint-Denis » sur le coteau regardant vers Saint-Leu.


Aux bonnes années, le vin de Saint-Prix avait la robe et le goût voisins d’un beaujolais ou d’un vin de Loire.
Les vins du « Clos Rouillard » et ceux des Matousines à Montmorency, vendus à grand prix à Londres par Charles de Montmorency qui s’y était rendu comme otage du roi Jean après la bataille de Poitiers, servirent à racheter la rançon de ce dernier.


Certaines maisons de la rue Auguste Rey conservent de grandes caves creusées à fleur de colline, qui se croisent et s’éboulent.
C’est tout ce qui reste de ces vins de la vallée de Montmorency que le grand connétable Anne de Montmorency, qui n’était pas chauvin, gouverneur de Guyenne, faisait servir en 1530 à sa table de Bordeaux.


Victime de la conjoncture défavorable, crise économique, départ des hommes pour la guerre, invasions, contaminations par la phylloxera et le mildiou, la vigne a disparu de nos coteaux.
Il n’en restait pratiquement plus à la veille de la guerre de 1914.

 

 

 

 

 

 
(1) Gérard Ducoeur avril 2009 http://valmorency.fr/100.html
(2)Les fiefs et les seigneurs de Saint-Prix
Histoire de Saint-Prix, R. Balland, G. Donzelle, G. Ducoeur, C. Poupon, D. Renaux, publié par la municipalité, Agence régionale d’édition 1982
(3) Le fief des Célestins
Histoire de Saint-Prix, R. Balland, G. Donzelle, G. Ducoeur, C. Poupon, D. Renaux, publié par la municipalité, Agence régionale d’édition 1982
(4) Le village et son territoire
Histoire de Saint-Prix, R. Balland, G. Donzelle, G. Ducoeur, C. Poupon, D. Renaux, publié par la municipalité, Agence régionale d’édition 1982
(5) Saint-Prix à la veille de la révolution
Histoire de Saint-Prix, R. Balland, G. Donzelle, G. Ducoeur, C. Poupon, D. Renaux, publié par la municipalité, Agence régionale d’édition 1982
(6) Dans le temps, La vigne et les cerisiers
Histoire de Saint-Prix, R. Balland, G. Donzelle, G. Ducoeur, C. Poupon, D. Renaux, publié par la municipalité, Agence régionale d’édition 1982
(7) Le setier était entre autres une mesure vinaire contenant huit pintes. On entendait également par demi-setier la moitié d’une chopine. la chopine contenait une demi pinte (dictionnaire de l’Académie Française 1778), une pinte, mesure de Saint-Denis contenait environ un litre et demi. 

La vigne aujourd’hui

Depuis longtemps, la municipalité réfléchissait pour réimplanter la vigne sur la commune.

L’affectation des coteaux en Espace naturel Sensible a permis de réintroduire la vigne.

En 2006, l’association « Le Clos saint-Fiacre a vu le jour »
Son objet est la culture et la production de vin sur le territoire de Saint-Prix, à titre culturel et bénévole.

Sitôt créée, elle a planté 3 000 pieds de pinot noir sur 3 000 m²


Et en 2008, fruit du travail intensif réalisé par les bénévoles, ce fut la première récolte

Gageons que le vin de Saint-Prix retrouvera ses lettres de noblesse, et pourquoi pas un jour, un notable Bordelais, comme le fit Anne de Montmorency en 1530 lorsqu’il était gouverneur de la province du Languedoc, à Bordeaux, en fera servir à sa table.

 

 

 

 

Les coordonnées du Clos saint Fiacre figurent dans la rubrique « Associations »